Les homosexuels exclus du don ( article sud ouest 25 mai2010)

25 mai 2010 07h27 | Par élisa artigue-cazcarra

Les homosexuels exclus du don du sang

Un jeune homme s'est vu refuser ce geste citoyen à Mont-de-Marsan à cause d'un arrêté ministériel.

 

Le fait pour un homme d'avoir eu une relation sexuelle, même protégée, avec un autre homme l'exclut automatiquement du don du sang. photo archives nicolas le lièvre

 

Il souhaite garder l'anonymat, « par sécurité, l'homosexualité pouvant être encore mal perçue, surtout dans une petite ville comme Mont-de-Marsan », argumente-t-il. Nous l'appellerons donc Paul. Paul est un lycéen de 18 ans et vient de connaître pour la première fois ce qu'il considère comme « une forme de discrimination » du fait de son orientation sexuelle.

C'était la semaine dernière. Paul, qui a déjà donné son sang voilà quelques mois lors d'une collecte organisée dans son lycée, décide de réitérer l'expérience. « Pour moi, c'est un geste citoyen très important », explique-t-il. Le jeune homme se rend donc au site montois de l'Établissement français du sang (EFS), qui jouxte l'hôpital Layné. Il n'a aucune raison de s'inquiéter. « Tout s'était très bien passé la première fois. Il n'y avait eu aucun problème. » Il va en être autrement cette fois-ci car, entre-temps, Paul a eu sa première relation sexuelle avec un garçon. « Un rapport protégé », précise-t-il.

« Risque de MST »

Une mesure en vigueur depuis 1983

L'exclusion des homosexuels masculins du don du sang existe depuis 1983. En novembre 2007, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot envisageait de revenir sur cette consigne de l'Établissement français du sang (EFS). Mais elle est finalement confirmée en janvier 2009 par un arrêté ministériel qui précise les critères de sélection des donneurs. « Cette mesure repose sur des données épidémiologiques selon lesquelles entre 10 et 18 % des homosexuels masculins sont contaminés par le virus du sida (VIH). Ce taux de contamination est de 0,2 % chez les hétérosexuels », indique le docteur Michel Jeanne, directeur adjoint de l'EFS Aquitaine-Limousin. Certes, mais les poches de sang sont testées avant d'être utilisées. « Bien sûr. Mais il existe une fenêtre de 10 à 21 jours après un rapport contaminant où le virus est indétectable dans le sang. »

Pour ce spécialiste, l'interdiction aux gays de donner leur sang ne constitue pas une discrimination. Interrogée sur le sujet, la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, NDLR) a conclu que cette exclusion n'est pas discriminante puisqu'il ne s'agit pas d'un refus à un bien ou à un service. « Il faut comprendre que les critères de sélection des donneurs ont pour but de conduire à un produit le plus sécurisé possible pour les malades transfusés », poursuit le médecin. Les personnes qui ont subi une transfusion sont également exclues, ainsi que celles qui ont séjourné plus d'un an cumulé en Grande-Bretagne entre 1980 et 1996. « Pour elles, cela peut paraître encore plus discutable car ces mesures ne reposent pas sur des données épidémiologiques, mais sur le principe de précaution », souligne le docteur Jeanne.

E. A.-C.

Le jeune homme ne cache pas cet élément à la soignante qui le reçoit en entretien. « Son visage a tout à coup changé. "Je bloque tout, vous ne pouvez pas faire de don", a-t-elle aussitôt ajouté. » Interloqué, Paul demande des explications et apprend que les homosexuels masculins sont exclus du don de sang. « Elle m'a répondu qu'une loi avait été prise en ce sens car le risque de maladie sexuellement transmissible (MST) est plus élevé chez les gays que dans le reste de la population. Je suis tombé des nues car j'ignorais complètement cette mesure que je trouve choquante, comme ma famille d'ailleurs, à qui j'ai raconté ce qu'il m'est arrivé », témoigne Paul. En plus de se voir interdire son don de sang, le jeune garçon a dû subir un prélèvement « pour s'assurer que le premier don, réalisé quelques mois plus tôt, était bon ».

« Je me suis senti stigmatisé. Je peux comprendre qu'il existe des risques mais il y en a aussi chez les hétérosexuels. Alors pourquoi condamner tous les homosexuels ? C'est injuste et cela peut pousser des personnes à taire leur homosexualité. »

Un point de vue que partage Gaëtan Cossoul, le président d'Entre nous, l'unique association landaise de défense des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (1). « C'est de la discrimination pure et simple et il est urgent que la loi change », estime-t-il. Et le responsable associatif de souligner « le paradoxe de cette décision qui exclut sans distinction toute une partie de la population alors que les besoins en donneurs de sang ou de plaquettes augmentent chaque année ».

Pour lui, « cela montre que les vieux préjugés qui consistent à faire un amalgame entre homosexualité et sida sont toujours d'actualité ». « C'est pourtant auprès de cette population que la prévention sur ce thème est aujourd'hui la plus importante et la mieux accueillie. Allez dans un bar homo, vous trouverez des préservatifs offerts gratuitement, ce qui est loin d'être le cas ailleurs », affirme-t-il. On le voit, le débat dépasse largement celui de l'exclusion des homosexuels au don du sang.

(1) Contacts Entre nous : 06 85 40 52 17 et sur le site Internet www.entrenous40.com

 

Landes · Mont-de-Marsan

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